Musée Rochelais d'Histoire Protestante

   

 

Les corsaires huguenots pendant les guerres de religion

La Rochelle devient à partir de septembre 1568 un des principaux foyers de guerre de course, en raison de sa position stratégique, de ses infrastructures portuaires et de son attachement à la cause protestante. Ses marins, d’origine aunisienne, saintongeaise, normande ou picarde, ont parcouru les mers, pendant près de trente ans, aux dépens des navires catholiques, toutes nationalités confondues. On trouve leurs traces non seulement sur les côtes d’Europe de l’Ouest mais aussi dans les Açores, à Madère, dans les Canaries, dans le bassin Antilles-Caraïbes et sur les côtes du Brésil.

" Il y eut […] tel remuement de mesnage par la mer que l’on ne parloit d’autre chose que des navires de La Rochelle. Lesquels estoyent si redoutez, que la navigation fut rendue fort difficile et hazardeuse aux catholiques », observe un contemporain, le sieur de la Popelinière. La plupart de ces marins s’adonnaient à la piraterie depuis de longues années déjà et avaient acquis, à ce titre, une solide expérience en matière de combat naval, surtout contre les riches galions ibériques, chargés de sucre, d’or et d’argent".

Cette course fut instaurée et encouragée par Coligny, la reine de Navarre et les Princes, pour des raisons à la fois militaires et financières. Elle revêtait un double visage : on observe d’une part, la création d’une escadre permanente  « l’Armée navale » étroitement subordonnée aux chefs protestants et, d’autre part, un appel à la course privée traditionnelle par l’octroi de lettres de marque à des particuliers, qui venaient ainsi renforcer le potentiel naval huguenot. Sa mission était à la fois offensive – harceler l’ennemi et défensive protéger les intérêts de la cause protestante. Elle devait semer la terreur dans les rangs ennemis, ruiner leur trafic commercial, leur approvisionnement en armes et en vivres et couper, autant que possible, leurs communications. Elle devait également protéger le port rochelais de toute attaque maritime et préserver le camp huguenot de l’asphyxie en maintenant d’étroites relations avec ses alliés d’Europe du Nord, Anglais et Hollandais. Le pouvoir protestant percevait un cinquième du butin réalisé le « quint », après que les navires abordés et leurs précieuses marchandises avaient été déclarés « de bonne prise » par les juges de l’amirauté de La Rochelle. Il disposait en permanence d’une flotte nombreuse, qui oscillait entre 25 et 35 vaisseaux de guerre en moyenne, susceptibles de se transformer, à sa demande, en transports de troupes pour des opérations concertées sur terre et sur mer. Cette offensive militaire sur les mers a cependant constitué un facteur de division au sein de la société rochelaise. Si le parti huguenot, soutenu par quelques armateurs, a légitimé, au nom de la « défense de la vrai religion », les exactions commises par nombre de ses équipages, une fraction de la population y était résolument hostile, non pas tant pour des raisons de morale ou de dogme, mais parce qu’elles représentaient un danger pour les intérêts commerciaux de la puissance cité ».

Néanmoins, il est incontestable que cette course a été, jusqu’à l’édit de Nantes, un des piliers de la résistance huguenote face aux catholiques, en compensant par des victoires sur mer une série de défaites militaires sur terre et en fournissant une part importante des subsides nécessaires aux fortifications rochelaises et à l’équipement des armées huguenotes.

 

Extrait de M. AUGERON dans "Les corsaires huguenots pendant les guerres de religion", "La Rochelle : capitale huguenote, capitale protestante", Paris, édition du patrimoine, 1998